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Le salaire indigne des infirmiers, un scandale bien français

Si les patients français peuvent se réjouir de bénéficier d’un des meilleurs accès aux soins au monde, les professionnels de santé, eux, sont mal traités. Le panorama de la santé 2017 de l’OCDE est accablant : les infirmiers français sont les plus mal lotis des grands pays de l’OCDE.

 

manifestation d'Infirmiers

Après le salaire des professeurs, voilà une autre indignité bien française : les salaires des infirmiers en France sont les plus bas de tous les pays développés. Un chiffre calculé par l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), qui présentait la semaine dernière son Panorama de la santé 2017. Avec un diplôme équivalent à une licence (trois ans d’études) et des conditions de travail très exigeantes, les infirmiers hospitaliers  français – 500.000 salariés – perçoivent une rémunération inférieure de 5% au salaire moyen en France. En Allemagne, un infirmier gagne 13% de plus que le salaire moyen, en Espagne 28% de plus. Au Mexique, la rémunération est presque le double du salaire moyen.

Aucune revalorisation des salaires en vue

En France, le tableau est sombre et, malheureusement pour les infirmiers, aucune lueur d’amélioration ne pointe à l’horizon. « Les dernières négociations salariales datent de 2010, à une époque où les infirmiers ont dû accepter un chantage salaire contre retraite », explique Thierry Amouroux, secrétaire général du Syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI). « L’âge de la retraite a été repoussé de sept ans, passant de 55 à 62 ans, en échange d’une augmentation de 150 euros par mois ». Un accord arraché à contre-cœur à des professionnels de santé, très frustrés que la pénibilité de leur travail n’ait pas été prise en compte.

Selon un rapport de la Caisse de retraite des agents des collectivités locales, une infirmière vit en moyenne 6 ans de moins qu’une femme française. Les infirmières décèdent en moyenne à 78,8 ans, alors que l’espérance de vie des Françaises est de 85 ans. Autre indicateur éloquent, 20% des infirmières arrivant à la retraite sont affectées d’une invalidité – conséquence des manutentions, du travail de nuit mais aussi de l’exposition aux produits de chimiothérapie.

Un tiers des jeunes abandonnent après leur diplôme

Le métier – qui répond à une recherche de sens – continue d’attirer. Mais la difficulté des conditions de travail alliée à cette faible rémunération décourage massivement : « Dans les cinq ans qui suivent l’obtention du diplôme, un tiers des infirmières abandonnent le métier. C’est un gâchis humain énorme », souligne Thierry Amouroux.

L’infirmière de pratique avancée, un espoir pour la profession

Dans L’hôpital à coeur ouvert, le livre bilan qu’il vient de publier, Martin Hirsch, directeur général de l’Assistance publique des hôpitaux de Paris (AP-HP), évoque une piste pour valoriser la profession: « déléguer des ­tâches de médecins vers des infirmières, en contrepartie de rémunérations plus élevées ». 

La promotion du métier d’Infirmière de pratique avancée (IPA) devrait permettre de faire monter en compétence les infirmières. La loi de santé de janvier 2016 a créé un cadre légal pour ce nouveau métier – qui nécessite deux ans d’études supplémentaires, soit un niveau Master. Mais les décrets d’application ne sont pas encore publiés, et les grilles salariales restent à négocier. 26ème pays à reconnaître ce métier, la France ne fait que rattraper son retard. Habilitées à faire une consultation et délivrer une ordonnance, comme les sages-femmes, ces infirmières de pratique avancées pourront soulager les médecins en participant au tri des urgences, à la prévention et au dépistage ou encore au suivi des maladies chroniques.

Au Royaume-Uni, où la profession d’infirmière de pratique avancée (« advanced nurse ») est reconnue depuis le début des années 1990, le salaire médian de ces « master infirmières » est très supérieur à celui d’une infirmière : selon les informations du moteur de recherche d’offres d’emploi Adzuna, il tourne autour de 70.000 euros (63.000 livres) par an, soit presque le double du salaire d’une simple infirmière (36.000 livres, soient 40.000 euros).

Cette évolution de carrière n’apporte toutefois qu’une réponse partielle à cette profession en souffrance. Dans les pays qui ont reconnu ce métier de longue date, les infirmières de pratique avancée ne représentent que 3 à 5% du personnel hospitalier. Il faudra certainement aller plus loin et ouvrir d’autres perspectives – la possibilité de réaliser certains actes médicaux – aux 500.000 infirmières sous-payées de l’hôpital français. 

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Payés 2.000 euros la journée : le scandale des intérimaires hospitaliers perdure

ENQUÊTE – Infirmiers, urgentistes, anesthésistes… L’hôpital public manque de bras. Pour assurer la continuité des soins, des intérimaires sont appelés en renfort, pour des sommes colossales.

ENQUÊTE EUROPE 1C’était une urgence pour l’ancienne ministre de la Santé Marisol Touraine : enrayer le recours à des intérimaires hospitaliers hors de prix, payés trois fois plus chers que leurs collègues titulaires. Chaque année, cette pratique coûte la somme colossale d’un demi-milliard d’euros à la Sécurité sociale. Un an plus tard, la sénatrice LR Frédérique Gerbaud vient d’écrire à la nouvelle ministre de la Santé, Agnès Buzyn. Elle dénonce toujours « un recours abusif aux praticiens intérimaires ». 

« Doubler son salaire sans doubler son temps de travail ». En effet, en un an, rien n’a changé, en dépit des mesures annoncées à l’époque par Marisol Touraine. Pire, la situation serait en train d’empirer. Ces intérimaires peuvent demander jusqu’à 2.000 euros pour une garde de 24 heures. « La pénurie étant ce qu’elle est, l’offre est pléthorique. Avec des remplacements, on peut doubler son salaire, sans doubler son temps de travail », illustre un médecin anesthésiste interrogé par Europe 1, qui, pour une garde de 24 heures, n’hésite pas à demander 1.300 euros.

Pour les intérimaires, des avantages et des inconvénients. L’hôpital public manque toujours autant d’urgentistes, d’anesthésistes, de radiologues. Mais la nouveauté, c’est que l’intérim touche désormais d’autres métiers à l’hôpital, comme les infirmiers et les infirmières. « Je travaille une vingtaine de jours par mois, et j’arrive à gagner environ 2.500 à 3.000 euros. En tant que jeune diplômée, si j’avais été dans le public, j’aurais touché aux alentours de 1.500 à 1.600 euros », explique l’une d’entre elles au micro d’Europe 1.

Mais son témoignage en atteste : ce choix ne compte pas que des avantages. « Là, je fais de tout, je vais dans le privé et dans le public, à la clinique, à la maison de retraite. C’est un peu ‘Koh-Lanta’. J’arrive souvent dans des endroits où je suis seule, où je n’ai ni collègue ni direction à qui parler. Il faut pouvoir s’adapter à du nouveau matériel, de nouveaux patients », illustre-t-elle. C’est tout le problème de cette pratique. Ces intérimaires viennent ponctuellement à l’hôpital, ne connaissent pas les services ou le matériel, et en bout de chaîne, c’est le patient qui en pâtit, puisque le suivi ou la qualité des soins ne sont pas aussi bien assurés.

« On n’a pas le choix ». Mais voilà, face à la pénurie de praticiens, les hôpitaux sont contraints de recruter ces médecins vacataires. Financièrement, c’est une machine infernale. La directrice du CHU de Châteauroux, Evelyne Poupet, a dû tripler son budget pour payer ses intérimaires. En deux ans, l’enveloppe est passée de 300.000 euros à un million d’euros. « En radiologie, nous n’avons que trois médecins, alors qu’il nous en faudrait sept. Tout le reste, ce sont des médecins intérimaires. Ça augmente considérablement la charge de dépenses de personnels », regrette-t-elle. Mais Evelyne Poupet assure « ne pas avoir le choix si on veut assurer la continuité des soins. »

Donner plus de moyens aux hôpitaux publics. Invité d’Europe 1 Bonjour mercredi, Frédéric Valletoux, directeur de la Fédération hospitalière française, dénonce justement « la gangrène » que représente l’intérim dans le public, « car il pénalise les budgets hospitaliers ». Il estime que « la solution serait de donner plus d’outils de rémunération aux dirigeants hospitaliers », qui pourraient ainsi retenir leurs praticiens, largement mieux payés dans le privé.

Tous les spécialistes s’accordent à dire qu’il n’y a pas de solution miracle à ce problème. Pour eux, la priorité est de redonner aux internes l’envie de rejoindre l’hôpital. Et pour ça, il faut investir. 

Union des hôpitaux Falaise-Argentan : «sans le CHU», pour P. Pavis

 

La mutualisation des hôpitaux de Falaise et Argentan avance mais tout le monde n'est pas d'accord.

par Elodie DARDENNE/Ouest-France

 

Lors de sa conférence de presse de rentrée, Pierre Pavis a redit son souhait de travailler pour le projet de mutualisation des centres hospitaliers de Falaise et Argentan, mais sans le CHU de Caen.

« On est à la croisée des chemins pour l’hôpital », souffle Pierre Pavis. Le projet commun avec Falaise est toujours sur la table, même si les discussions sont parfois compliquées. Le projet a été validé par l’Agence régionale de santé.

Mais dans l’Orne, l’heure est toujours au coup de blues après l’annonce il y a quelques mois du départ du directeur Jérôme Le Brière, qui rejoindra le centre hospitalier d’Alençon le 11 novembre. Brigitte Courtois, qui vient tout juste de prendre ses fonctions de directrice par intérim à Falaise, prendra le relais aussi à Argentan. Nommée par l’Agence régionale de santé (ARS), Brigitte Courtois est détachée de la direction du CHU (Centre hospitalier universitaire) de Caen. Les prémices d’une vraie direction commune ? « C’est la solution qui a mon aval, insiste le maire. Mais je ne veux pas d’une direction commune CHU-Argentan-Falaise. » Contrairement à Éric Macé, maire de Falaise, plutôt favorable à « une direction unique et extérieure », avec le CHU en arbitre.

« Pas sous la coupe du CHU »

« Gardons le contact avec le CHU mais ne soyons pas sous sa coupe », résume Pierre Pavis qui montre les crocs : « le CHU a raté son évolution, au lieu de développer la bobologie, ils auraient dû développer leur technicité, ils se sont fait gratter par Saint-Martin (un hôpital privé de Caen), leur boulot ce n’est pas de faire des appendicites. »

Pour autant, Pierre Pavis défend son choix d’avoir rejoint le groupement hospitalier de territoire (GHT) Normandie centre, dont l’établissement support est… le CHU de Caen plutôt qu’un GHT ornais comme le préconisaient certains professionnels et syndicats : « Si j’avais écouté mes voisins, on serait mort, lance Pierre Pavis. On a essayé de travailler avec Alençon, raté. On a essayé avec Flers, raté. On a fait notre boulot, on a sauvé l’hôpital. »

 

Selon le maire, le nouveau responsable permanent du centre hospitalier ne sera pas connu avant la fin de l’année. On saura alors si Falaise et Argentan s’uniront officiellement, et si le mariage se fera à deux ou à trois.

 

 

 

 

Maisons de retraite : des établissements en souffrance

 

Dans certaines maisons de retraite, il devient de plus en plus difficile de prendre en charge les pensionnaires dans la dignité. Aujourd’hui, le personnel parle et dénonce. En caméra cachée dans un établissement public, elles ne sont que deux aides-soignantes pour s’occuper de vingt résidents. Avant le repas du soir, elles ont deux heures pour déshabiller, aider les pensionnaires à aller aux toilettes, les mettre en pyjama. Concrètement, cela veut dire six minutes maximum dans chaque chambre. Pas le temps d’assurer une hygiène complète.

Problème principal : les effectifs

Le problème essentiel, ce sont les effectifs. Aides soignants, infirmiers, beaucoup dénoncent un rythme intenable. Un manque de personnel qui peut avoir de lourdes conséquences et qui touche tous les métiers : soignants, cuisiniers ou encore secrétaires. Tous les types d’établissements sont concernés. Un rapport parlementaire confirme qu’en terme de personnels soignants il n’y a aucune différence entre public et privé, alors que les établissements privés sont au moins 50% plus chers.