FONCTION PUBLIQUE : L’AGENDA SOCIAL EST LANCÉ

Publié le 17/07/2017 à 17H52
Par Marie-Nadine Eltchaninoff
Après les annonces sur le gel du point d’indice et le rétablissement de la journée de carence, le premier conseil commun de la fonction publique (CCFP) du 10 juillet, présidé par le ministre de l’Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin, était très attendu.

« Nous avons fait part de nos critiques tant sur le fond que sur la forme de ces annonces. Les fonctionnaires sont vus comme une simple variable d’ajustement », pointe Mylène Jacquot, secrétaire générale de l’Union des fédérations de fonctionnaires et assimilés (Uffa) CFDT. L’Uffa avait affiché, en amont du CCFP, ses trois grandes priorités : débattre des missions du service public avant d’évoquer les postes et les moyens – alors que le ministre a réaffirmé la volonté du gouvernement de supprimer 120 000 postes dans la fonction publique sur le quinquennat –, organiser la tenue d’un rendez-vous salarial en 2017 et lancer la construction d’un agenda social.

Des états généraux à l’automne

« Nous avons été entendus sur ces trois points », se félicite Mylène Jacquot. Des états généraux de la fonction publique, sorte de revue des missions, vont débuter dès cet automne sous la forme d’une consultation publique dématérialisée, privilégiant « une écoute directe ». « Les usagers et les représentants syndicaux des agents ne doivent pas être oubliés », prévient Mylène Jacquot.

Quant au rendez-vous salarial de l’automne, il sera l’occasion d’échanger sur la compensation des effets de la hausse programmée de la CSG, mais aussi sur le protocole parcours professionnels, carrières et rémunérations (PPCR). « Nous tenons à ce que le calendrier de mise en œuvre du protocole soit respecté, et que le pouvoir d’achat des agents progresse, ainsi que le président Macron s’y était engagé dans sa lettre ouverte aux agents », indique la secrétaire générale de l’Uffa. Le ministre a énuméré les sujets qu’il souhaite aborder avec les organisations syndicales dès l’automne : l’accompagnement professionnel et la formation des agents, la santé et la qualité de vie au travail, la prévention des absences, le recrutement et le maintien dans l’emploi des agents handicapés, l’égalité professionnelle. « L’agenda social est lancé, il reste à construire les sujets et la méthode, en privilégiant la négociation », souligne Mylène Jacquot. Quant à la préparation des élections, en décembre 2018, dans la fonction publique, sujet très attendu par la CFDT, elle sera à l’ordre du jour d’une première réunion dès le mois de septembre.

emnetchaninoff@cfdt.fr

Le « VRAI/FO » du budget C.G.O.S

OUI la CFDT santé sociaux, en syndicat responsable et réformiste a dû faire des choix difficiles.

OUI dans un contexte budgétaire en déficit, la CFDT a préféré prendre des positions qui vont permettre le maintien à un niveau acceptable de prestations, servies tout au long de la carrière de l’agent, au détriment de prestations servies une seule fois.

Sont maintenues :

– La prestation maladie à hauteur de 90 M d’€

– La Prestation Etudes Education Formation à hauteur de 87 M d’€

– La Prestation Retraite à hauteur de 80 M d’€

OUI la CFDT a fait également le choix d’adapter les régions du C.G.O.S aux régions administratives afin que les agents d’une même région puissent bénéficier des mêmes prestations.

OUI la CFDT assume son choix de préférer une prestation nationale pour les gardes d’enfants sûrement plus équitable qu’une prestation servie uniquement dans quelques régions et à des montants totalement hétérogènes.

La CFDT prend ses responsabilités pour le maintien d’un CGOS à long terme pour les agents hospitaliers.

La santé et les conditions de travail ne sont décidément pas la priorité du syndicat FO si proche (soi-disant) des salariés.

En Décembre 2018, les agents hospitaliers sauront par leur vote, choisir entre la CIGALE et la FOURMI et reconnaître le travail syndical de long terme de la CFDT, 1ère organisation syndicale de France dans le secteur privé.

EN 2018, CHOISISSEZ DE VOTER CFDT

fourmi tract

La Cigale, ayant chanté tout l’été,

Se trouva fort dépourvue

Quand la bise fut venue.

Pas un seul petit morceau

De mouche ou de vermisseau.

Elle alla crier famine

Chez la Fourmi sa voisine,

La priant de lui prêter

Quelque grain pour subsister

Jusqu’à la saison nouvelle.

Je vous paierai, lui dit-elle,

Avant l’août, foi d’animal,

Intérêt et principal.

La Fourmi n’est pas prêteuse ;

C’est là son moindre défaut.

Que faisiez-vous au temps chaud ?

Dit-elle à cette emprunteuse.

Nuit et jour à tout venant

Je chantais, ne vous déplaise.

Vous chantiez ? J’en suis fort aise :

Et bien ! Dansez maintenant.

EN 2018, CHOISISSEZ DE VOTER CFDT

ATTENTION

 

Pas de motif, pas de convoc !

  

Souvenez-vous, en des temps anciens, lors du départ de notre ancien directeur, nous sommes entrés dans une ère noire où les convocations sans motif allait bon train…

Les personnels seuls et souvent pris au dépourvu, ne pensaient pas à faire appel à la CFDT pour se faire accompagner lors de ses entretiens souvent musclés.

Mais aujourd’hui, les temps ont changé et chacun sait que s’il est convoqué, il doit connaître le motif et les intervenants qui se trouveront en face de lui, et surtout chacun sait qu’il peut être accompagné lors de cet entretien ; c’est un droit ! Pour votre protection, ne le négligez pas.

Alors, soyez, soyons vigilants, et n’hésitez pas, en cas de besoin,

la CFDT répondra présente !

 

 

 

 

 

 

 

 

Réforme du code du Travail, la CFDT se dit perplexe

L’organisation syndicale doute que les mesures permettent de créer massivement des emplois…

Réforme du code du Travail, la CFDT se dit perplexe
Crédit photo © Reuters

(Boursier.com) — Le leader de la CFDT, Laurent Berger ne se montre pas très optimiste concernant les retombées de la réforme du code du travail. Il ne « pense pas » qu’elle permettra de créer massivement des emplois…

D’autres pistes

« Seuls deux éléments le permettent. D’une part, des investissements intelligents sur les enjeux de demain, comme les transitions numérique et écologique (…) D’autre part, l’élévation des compétences et un meilleur accompagnement des salariés dans leurs parcours professionnels », explique-t-il dans un entretien accordé à ‘Paris Match’.

Laurent Berger ne croit pas que cette réforme permettra de « lever des verrous », comme le suggère le patronat. « Chaque fois, les responsables patronaux se sont livrés à une course à l’échalote pour demander davantage de souplesse et le chômage n’a pas baissé pour autant », fait-il valoir. En outre, la CFDT, compte bien se battre sur le montant du plafond qui sera décidé pour le niveau d’indemnités prud’homales. 

Si la CFDT ne parvient pas à faire entendre sa voix, elle n’exclut pas de se mobiliser à la rentrée, alors que la CGT et FO ont d’ores et déjà prévu de se mobiliser.

Légiférer par ordonnance

Les députés ont engagé en début de semaine l’examen du projet de loi habilitant le gouvernement à modifier par ordonnances le Code du travail. Le texte prévoit notamment une nouvelle articulation de l’accord d’entreprise et de l’accord de branche, la fusion des instances représentatives du personnel (excepté pour les délégués syndicaux).

Il est également question de modifier le régime juridique de la rupture du contrat de travail, avec la barémisation des indemnités prud’homales.

©2017, Boursier.com

[LE PROGRÈS EN TÊTE !] TOUTES ET TOUS AU RASSEMBLEMENT MILITANT DU 3 OCTOBRE

Publié le 26/06/2017 à 15H13 (mis à jour le 27/06/2017 à 15H13)
Par Aurélie Seigne
C’est l’événement où il faudra être ! Le 3 octobre prochain, la CFDT invite 10 000 militantes et militants d’entreprise et d’administration à un grand rassemblement pour les remercier de la place de première organisation syndicale du privé, porter les revendications CFDT dans un contexte politique inédit et se projeter vers les défis à venir.

À événement historique, rassemblement géant. « Nous avons toutes et tous rendez-vous le 3 octobre 2017, au Paris Event Center, pour notre grand rassemblement qui s’intitulera “Le progrès en tête ! », lançait la secrétaire générale adjointe de la CFDT, Véronique Descacq, devant le Conseil national confédéral, le 19 mai dernier. De quoi s’agit-il ? Le 31 mars, la CFDT est devenue la première organisation syndicale dans le privé, au terme du second cycle de mesure de la représentativité syndicale. Dès l’officialisation des résultats, Laurent Berger a annoncé la couleur : « Nous organiserons le 3 octobre prochain un rassemblement de plus de 10 000 élus et mandatés d’entreprise et d’administration pour poursuivre la dynamique en vue des prochaines échéances et amplifier notre action de terrain. »

 

Un temps fort revendicatif et festif, tourné vers l’avenir

Ce grand rassemblement militant sera évidemment festif. Mais pas seulement. « Ce jour-là, nous avons l’ambition de réunir 10 000 militants pour célébrer notre première place, mais aussi nous tourner ensemble vers les nombreux défis qui nous attendent, a souligné Véronique Descacq : le développement, les élections fonctions publiques, l’accompagnement des militants. Le rassemblement prendra aussi une forte connotation revendicative » dans le contexte actuel de réformes tous azimuts. L’événement s’inscrit dans la lignée des rassemblements qui « ont marqué le parcours de générations de militants » : Charléty en 1998, Bercy en 2002, porte de Versailles en 2013. Il amplifie aussi les nombreux rassemblements régionaux impulsés depuis le congrès de Tours, en 2010.

Mais ce temps fort syndical aura ceci de particulier que la CFDT est désormais première organisation dans le secteur privé… et vise la première place à l’issue des élections professionnelles dans les fonctions publiques de décembre 2018. Une nouvelle donne que Laurent Berger anticipait, jugeant, dans un entretien à Syndicalisme Hebdo à la fin septembre 2016, qu’il s’agirait là d’un « événement majeur de l’histoire sociale du pays » : « Ce serait aussi une récompense de tout le travail fourni par les militants, au quotidien, dans les entreprises et les administrations, pour prendre en compte le réel sans accepter que les salariés soient la variable d’ajustement de choix purement économiques. Ce serait un vrai gage de confiance de la part des salariés si nous devenons première organisation en 2017. » Et le secrétaire général de la CFDT était conscient des incidences d’un tel changement : « Si on est premier, notre responsabilité sera plus grande encore ; mais, à la CFDT, on a l’habitude de prendre nos responsabilités. »

Le grand rassemblement CFDT, mode d’emploi

En pratique
Militantes et militants de tous les champs professionnels et de toutes les régions sont conviés au grand rassemblement qui se tiendra le mardi 3 octobre, de 10 h 30 à 17 heures, au Paris Event Center, porte de la Villette à Paris. Pour s’inscrire, il suffit d’indiquer son nom et son numéro personnel d’adhérent sur la plateforme dédiée, ouverte depuis le 12 juin. Le transport est organisé par les différentes unions régionales interprofessionnelles.

Le programme
Le rassemblement débutera dès 10 h 30. Un village militant accueillera les participants. L’occasion de découvrir les champs d’action de la CFDT et de ses partenaires à travers des animations et stands. Les fédérations y seront également représentées. L’après-midi mettra en lumière des exemples d’action syndicale

Représentativité et développement de concert

Une organisation qui sait s’engager quand cela en vaut la peine : c’est ce qu’ont récompensé les salariés tout au long du cycle de représentativité. Si la CFDT escompte bénéficier d’une reconnaissance similaire lors des prochaines élections dans les fonctions publiques en décembre 2018, elle entend relever un autre défi : celui de mettre son développement au diapason de sa représentativité. Le rassemblement du 3 octobre sera l’occasion de mettre le sujet sur la table et de donner un coup de boost au challenge développement, qui récompensera lors du congrès de Rennes, en juin 2018, les équipes d’entreprise et d’administration et les syndicats les plus performants dans six catégories. « Cette première place pour la CFDT, c’est la démonstration que les salariés nous font confiance et se reconnaissent dans une organisation qui propose et poursuit la recherche du progrès pour tous, résume la secrétaire nationale Marylise Léon. Alors mobilisons-nous pour montrer une CFDT forte de la richesse de ses militantes et militants et donner envie aux salariés de nous rejoindre autour du slogan “Le progrès en tête !”. »

aseigne@cfdt.fr

[INTERVIEW] “ATTENTION À LA JUSTICE SOCIALE !”

Publié le 12/07/2017 à 09H45
Dans un long entretien accordé à Paris Match du 12 juillet 2017, Laurent Berger revient sur les premières semaines de la présidence Macron et met en garde le président de la République dans le cas où ce dernier serait tenté de malmener la justice sociale.

 

Jugez-vous nécessaire cette réforme du code du travail, un an seulement après la loi El Khomri ?

Après les lois El Khomri, Rebsamen, et de sécurisation de l’emploi, il aurait été pertinent d’évaluer les dispositifs déjà mis en place. Mais notre pays ne parvient jamais à faire le bilan des lois successives. Ceci dit, le président de la République a été élu après avoir promis de mener cette réforme, nous devons donc faire avec.

Permettra-t-elle de créer massivement des emplois ?

Je ne le pense pas. Seuls deux éléments le permettent. D’une part, des investissements intelligents sur les enjeux de demain, comme les transitions numérique et écologique, pour créer une économie performante par sa capacité à innover et à faire face aux transformations du monde. D’autre part, l’élévation des compétences et un meilleur accompagnement des salariés dans leurs parcours professionnels. C’est tout l’objet du Compte personnel d’activité que la CFDT a défendu et que le gouvernement devrait développer davantage.

Les chefs d’entreprises jugent pourtant qu’elle aidera à lever des verrous…

Il faut arrêter. Ces verrous sont surtout dans la tête de quelques responsables d’organisations patronales. Certains d’entre eux ont été levés avec la création de la rupture conventionnelle, avec la négociation des plans sociaux, avec le raccourcissement du délai de recours aux prud’hommes de cinq ans à un an. A chaque fois, les responsables patronaux se sont livrés à une course à l’échalote pour demander davantage de souplesse et le chômage n’a pas baissé pour autant. Ainsi, plafonner à un bas niveau les indemnités prud’homales entraînera une vague de licenciements, puisque les entreprises commenceront par purger. Voilà pourquoi la CFDT se battra sur la hauteur du plafond. Nous demandons aussi un relèvement des indemnités légales de licenciement qui sont parmi les plus basses d’Europe.

La méthode des ordonnances prises pendant l’été n’est-elle pas un moyen de vous contourner ?

La CFDT veut peser dans les discussions, donc je me refuse à manier la mauvaise foi. Des concertations approfondies ont lieu en ce moment. Fin août, quand les projets d’ordonnances auront été écrits, je demande une réunion multilatérale pour que nous puissions avoir un débat franc. Nous prendrons alors position.

L’Assemblée nationale est-elle ainsi transformée en simple chambre d’enregistrement, comme le regrettent des députés ?

Ce n’est pas à cause des ordonnances ni de la loi d’habilitation, mais de la façon dont les parlementaires s’organisent. Mais c’est leur problème, pas le mien. En tant que citoyen, je pense qu’il est nécessaire qu’un débat ait lieu au sein du Parlement.

Avez-vous obtenu satisfaction sur certains points?

Sur l’articulation entre la négociation d’entreprises et celle de branches, le « premier bloc », les organisations syndicales ont été entendues. Le rôle des branches a été renforcé, ce qui n’était pas prévu au départ. Dans certains domaines, les branches pourront se saisir de certains sujets. Et les négociations d’entreprise pourront avoir lieu notamment sur l’organisation du travail. Sur le « deuxième bloc » qui concerne la présence syndicale et le fonctionnement des instances représentatives du personnel, je dis attention. On ne peut pas vouloir développer le dialogue social dans l’entreprise et réduire juridiquement les prérogatives du syndicalisme. Si ce choix est fait, la CFDT s’y opposera fortement. Quand j’entends Pierre Gattaz dire qu’il faut moins de réunions et moins de syndicats, je lui réponds que je suis favorable au renforcement du dialogue social dans l’entreprise pour trouver des solutions adaptées à chacune d’entre elles ; mais cela ne peut pas se faire sans présence syndicale.

La CGT appelle à une journée d’action le 12 septembre prochain, elle dénonce le démantèlement de 120 ans de droit du travail. Est-il exclu que la CFDT la rejoigne ?

La CFDT est la première organisation syndicale dans le privé. Si elle doit se mobiliser, elle en discutera avec les autres, mais elle ne rejoindra pas une date préemptée par une organisation dans son coin. Tant que les discussions sont ouvertes, nous jouons le jeu. Prendre d’emblée position empêche de peser sur les discussions en cours. Ce n’est pas le choix de la CFDT. Nous n’excluons rien pour la rentrée, mais nous ne serons à la remorque d’aucun parti politique ni d’aucune organisation syndicale.

Le gouvernement rétablit le jour de carence pour les fonctionnaires supprimé sous François Hollande. Cette mesure est-elle juste ?

Puisque les finances publiques sont dégradées, il faut que le budget soit maîtrisé. Mais pourquoi agir sur le point d’indice et le jour de carence des fonctionnaires ?  Les fonctionnaires sont stigmatisés, considérés comme une variable d’ajustement, alors qu’ils permettent au pays de maintenir sa cohésion sociale. La logique comptable gouvernementale traduit une certaine fainéantise. Je veux bien discuter du jour de carence, à condition que l’on parle aussi de la création d’une complémentaire santé payée par l’employeur, comme dans le privé, et des raisons d’un certain absentéisme qui s’explique parfois par leurs conditions de travail. Il faut arrêter cette culpabilisation systématique des fonctionnaires et le discours : « vous coûtez cher et vous ne travaillez pas assez ».

Le gouvernement veut modifier le compte de prévention de la pénibilité. Est-ce un détricotage de cette mesure à laquelle vous tenez ?

Le patronat essaie de faire croire à ses troupes que ce compte aurait disparu, c’est faux. Six critères sont maintenus, dont le bruit, alors que beaucoup se sont mobilisés pour qu’il ne soit plus pris en compte. Le président de la République avait annoncé pendant sa campagne qu’il suspendrait ce dispositif, ce n’est pas le cas. La Cdft n’est pas pour rien dans ce revirement : nous avons alerté sur les dangers d’une disparition de cette mesure de justice sociale. Je regrette néanmoins que l’évaluation de trois critères soit laissée à un médecin puisque cela ne concernera que les salariés déjà inaptes. La CFDT regrette également que le financement ne soit plus principalement pris en charge par les entreprises qui font le plus subir de pénibilité à leurs salariés. Ce dossier a été mal géré depuis le début. Il est certes complexe, mais jamais son sens n’a été expliqué, alors qu’il s’adresse à des salariés qui meurent plus tôt ou vieillissent en mauvaise santé à cause de leurs conditions de travail.

Une information judiciaire vient d’être ouverte dans l’affaire Business France, qui était alors dirigé par Muriel Pénicaud, l’actuelle ministre du Travail. Peut-elle toujours mener les discussions ?

Mon appréciation de la ministre du Travail n’a pas changé depuis sa nomination, c’est quelqu’un qui connaît bien ses sujets. Pour le reste, je n’ai aucun commentaire à faire.

Vous attendez-vous à une rentrée sociale agitée ?

Je me demande surtout si le gouvernement va enfin développer un discours d’empathie et prendre des mesures concrètes envers ceux qui souffrent le plus dans la société. Va-t-il lutter contre la pauvreté, contre la précarité, contre les inégalités territoriales, contre les conditions de logement dégradées ?  Deux millions d’enfants grandissent sous le seuil de pauvreté, de nombreux jeunes vivent un parcours du combattant pour entrer sur le marché du travail…  J’attends des mesures concrètes. Pour l’instant, j’observe un déséquilibre dans la politique du gouvernement, qui envoie trop de signaux qui ne vont pas dans le sens de la justice sociale. Je dis attention ! Il n’y a aucun projet en faveur de la jeunesse, du renforcement des services publics dans les zones rurales. J’ai proposé au Premier ministre une incitation forte des entreprises à intégrer des demandeurs d’emploi longue durée. Même si la situation économique s’améliore, ceux qui sont au bord du chemin vont avoir du mal à se relever. La question des inégalités sociales et territoriales est posée au gouvernement, ce doit être la priorité.
Nous serons exigeants et constructifs

Comment jugez-vous les deux premiers mois de la présidence Macron ?

Force est de constater qu’en politique étrangère et européenne, les choses avancent et c’est bon signe. La volonté de faire face aux transitions écologiques et numériques me semble bienvenue. Mais nous sommes dans une période politique nouvelle, je pense que l’enjeu des prochaines semaines est de ne pas oublier de mener des politiques à hauteur d’hommes, qui soient comprises par tous afin que l’espoir ne cède pas la place à la défiance et à la déception. J’ai dit au président de la République que nous étions sur une poudrière. Les inégalités et les mécontentements qui se sont manifestés lors des élections n’ont pas baissé. L’équité et la justice seront les juges de paix.

Les sympathisants CFDT ont massivement voté pour Macron. Cela vous condamnerait-il pas à une certaine bienveillance ?

Ni allié docile, ni opposant de principe. C’est la ligne que j’ai définie dès le lendemain de l’élection. Nous serons exigeants et constructifs.

Les partis traditionnels sont à terre. Les organisations syndicales seront-elles les prochaines victimes de l’effet Macron ?

Je suis convaincu depuis longtemps que le syndicalisme sera soumis aux mêmes tensions, à la même défiance, que toutes les institutions. Comme les autres, il est mortel. Il doit faire sa mue et prouver son utilité. Si la CFDT est devenue la première organisation syndicale dans le privé, c’est sans doute car elle répond aux préoccupations des travailleurs. La CFDT ne transigera pas sur ses valeurs d’émancipation, de démocratie et de justice sociale – elle l’a montré dès le soir du premier tour ; et si elle reste en même temps capable de faire face aux attentes des travailleurs, alors elle a de beaux jours devant elle.

La hausse de la CSG a été confirmée pour financer la suppression des cotisations salariales sur l’assurance-maladie et l’assurance-chômage. Cette mesure vous satisfait-elle ?

Nous sommes favorables à un transfert de plusieurs cotisations, notamment celles pour les familles, vers la CSG. Mais nous sommes réservés sur le fait que l’assurance-chômage bascule vers la CSG. Je ne crois pas que la CSG puisse financer un revenu de remplacement comme l’allocation chômage. Nous voulons une complémentarité entre l’Etat et les partenaires sociaux pour gérer l’assurance-chômage. Le risque est grand que l’indemnisation des chômeurs baisse. Je suis inquiet pour leurs droits.

Bruno Le Maire, le ministre de l’Economie, a déclaré « sortons une fois pour toutes de la lutte des classes ». Partagez-vous son injonction ?

Le terme « lutte des classes » ne me semble pas adapté à la réalité d’aujourd’hui. En revanche, que les intérêts diffèrent entre ce qui relève du capital et du travail, entre ce qui relève de l’employeur et des travailleurs, c’est certain. D’ailleurs une société qui n’accepterait pas des intérêts divergents en son sein et qui ne s’organiserait pas pour qu’ils se confrontent afin de trouver des compromis se trouverait dans une impasse démocratique. 

Propos recueillis par Anne-Sophie Lechevallier

 

[INTERVIEW] “LA CFDT CONTINUERA DE SE BATTRE POUR LA RÉPARATION DE LA PÉNIBILITÉ AU TRAVAIL”

Publié le 10/07/2017 à 08H48
Invité de Franceinfo le dimanche 9 juillet 2017, Laurent Berger a vivement réagit aux annonces du Premier ministre concernant la révision du compte personnel de prévention de la pénibilité.

Vous avez défendu ce compte pénibilité sous le quinquennat de François Hollande. Cette réforme est-elle un bon compromis ou un cadeau au patronat ?

On peut prendre cette réforme annoncée de deux manières. La première, c’est que le président de la République avait annoncé pendant la campagne qu’il voulait la suspendre ou la supprimer. Nous avions prévenu le Premier ministre dès notre première rencontre avec lui qu’il était hors de question de supprimer cette mesure de justice sociale. Il y a donc six critères pour lesquels rien ne change. Pour les quatre autres, il y a une autre façon de réparer la pénibilité sur lesquels je demanderai à voir ce que cela produit réellement sur les travailleurs même si l’on sait que plusieurs milliers d’entre eux pourront dès l’année prochaine en bénéficier.

L’autre façon, c’est d’engager des plans de prévention en parallèle. Y croyez-vous ?

Oui, j’y crois et dans un certain nombre d’entreprises, c’est quelque chose qui se fait. Je crois aussi que dans les branches, il faut qu’il y ait davantage de prévention et de travaux sur la prévention. Ce n’est pas inéluctable de subir de la pénibilité. Parfois, c’est le cas, concernant par exemple le travail de nuit dans un certain nombre de secteurs. Mais dans d’autres secteurs, on peut la prévenir. Pour nous, l’enjeu est de la réparer. C’est une mesure de justice sociale, avec des départs anticipés ou du temps partiel payé à plein temps ou avec un accès à de la formation, mais il est question aussi de la prévenir. Ce matin, je souris un peu à la réaction du patronat. Cela fait trois ans que le patronat nous dit que cette mesure est une usine à gaz, une mesure difficile. Aujourd’hui, alors qu’on maintient six critères et que depuis des semaines, ils font tout pour les supprimer, ils font croire à leurs troupes que le dispositif est remis en cause. Il n’est pas remis en cause. La CFDT continuera de se battre pour les quatre critères sur lesquels cela a changé, pour que les salariés bénéficient pleinement des avantages auxquels ils doivent avoir droit.

La réforme supprime également le financement qui avait été annoncé, c’est-à-dire les deux cotisations spécifiques payées uniquement par l’employeur, notamment celle que devait payer les entreprises qui exposaient particulièrement leurs employés à des risques. Est-ce qu’il n’y a pas un désengagement de ces employeurs face au risque qu’ils font subir à leurs salariés ?

Je le regrette. On s’imagine que dans certains secteurs professionnels, les patrons vont râler parce que moi je suis assez attaché au principe de pollueur/payeur sur la question de la pénibilité et je pense que dans un certain nombre de secteurs où il y a des salariés particulièrement exposés à des facteurs de pénibilité, il était normal qu’une part de financement revienne à ces entreprises. Ce sera la caisse accidents du travail – maladie professionnelle [de la Sécurité sociale] qui va le financer. Pourquoi pas mais je pense qu’il faudra regarder très précisément dans ce financement, comment ceux qui font payer davantage de la pénibilité aux salariés paient davantage.

Le mot pénibilité disparaît au profit d’un compte professionnel de prévention. C’est symbolique ?

Dans le courrier que j’ai reçu hier du Premier ministre, le mot pénibilité apparaît cinq ou six fois. Donc le nom, pour moi, est cosmétique. Il s’agit bien pour moi de réparer des conditions de travail pénibles et si on veut insister sur la prévention, pourquoi pas. Derrière tout cela, il y a beaucoup de communication. On continuera à se battre, peu importe les mots, pour que les travailleurs obtiennent réparation en cas de pénibilité au travail.

Propos recueilis par Franceinfo