[INTERVIEW] “LA CFDT CONTINUERA DE SE BATTRE POUR LA RÉPARATION DE LA PÉNIBILITÉ AU TRAVAIL”

Publié le 10/07/2017 à 08H48
Invité de Franceinfo le dimanche 9 juillet 2017, Laurent Berger a vivement réagit aux annonces du Premier ministre concernant la révision du compte personnel de prévention de la pénibilité.

Vous avez défendu ce compte pénibilité sous le quinquennat de François Hollande. Cette réforme est-elle un bon compromis ou un cadeau au patronat ?

On peut prendre cette réforme annoncée de deux manières. La première, c’est que le président de la République avait annoncé pendant la campagne qu’il voulait la suspendre ou la supprimer. Nous avions prévenu le Premier ministre dès notre première rencontre avec lui qu’il était hors de question de supprimer cette mesure de justice sociale. Il y a donc six critères pour lesquels rien ne change. Pour les quatre autres, il y a une autre façon de réparer la pénibilité sur lesquels je demanderai à voir ce que cela produit réellement sur les travailleurs même si l’on sait que plusieurs milliers d’entre eux pourront dès l’année prochaine en bénéficier.

L’autre façon, c’est d’engager des plans de prévention en parallèle. Y croyez-vous ?

Oui, j’y crois et dans un certain nombre d’entreprises, c’est quelque chose qui se fait. Je crois aussi que dans les branches, il faut qu’il y ait davantage de prévention et de travaux sur la prévention. Ce n’est pas inéluctable de subir de la pénibilité. Parfois, c’est le cas, concernant par exemple le travail de nuit dans un certain nombre de secteurs. Mais dans d’autres secteurs, on peut la prévenir. Pour nous, l’enjeu est de la réparer. C’est une mesure de justice sociale, avec des départs anticipés ou du temps partiel payé à plein temps ou avec un accès à de la formation, mais il est question aussi de la prévenir. Ce matin, je souris un peu à la réaction du patronat. Cela fait trois ans que le patronat nous dit que cette mesure est une usine à gaz, une mesure difficile. Aujourd’hui, alors qu’on maintient six critères et que depuis des semaines, ils font tout pour les supprimer, ils font croire à leurs troupes que le dispositif est remis en cause. Il n’est pas remis en cause. La CFDT continuera de se battre pour les quatre critères sur lesquels cela a changé, pour que les salariés bénéficient pleinement des avantages auxquels ils doivent avoir droit.

La réforme supprime également le financement qui avait été annoncé, c’est-à-dire les deux cotisations spécifiques payées uniquement par l’employeur, notamment celle que devait payer les entreprises qui exposaient particulièrement leurs employés à des risques. Est-ce qu’il n’y a pas un désengagement de ces employeurs face au risque qu’ils font subir à leurs salariés ?

Je le regrette. On s’imagine que dans certains secteurs professionnels, les patrons vont râler parce que moi je suis assez attaché au principe de pollueur/payeur sur la question de la pénibilité et je pense que dans un certain nombre de secteurs où il y a des salariés particulièrement exposés à des facteurs de pénibilité, il était normal qu’une part de financement revienne à ces entreprises. Ce sera la caisse accidents du travail – maladie professionnelle [de la Sécurité sociale] qui va le financer. Pourquoi pas mais je pense qu’il faudra regarder très précisément dans ce financement, comment ceux qui font payer davantage de la pénibilité aux salariés paient davantage.

Le mot pénibilité disparaît au profit d’un compte professionnel de prévention. C’est symbolique ?

Dans le courrier que j’ai reçu hier du Premier ministre, le mot pénibilité apparaît cinq ou six fois. Donc le nom, pour moi, est cosmétique. Il s’agit bien pour moi de réparer des conditions de travail pénibles et si on veut insister sur la prévention, pourquoi pas. Derrière tout cela, il y a beaucoup de communication. On continuera à se battre, peu importe les mots, pour que les travailleurs obtiennent réparation en cas de pénibilité au travail.

Propos recueilis par Franceinfo

ESSONNE : LA CFDT S’ENGAGE CONTRE LES VIOLENCES FAITES AUX FEMMES

Publié le 06/06/2017 à 11H41
Par CFDT Ile-de-France
La CFDT Essonne est la seule organisation syndicale partie prenante d’un plan départemental de prévention et de lutte contre les violences faites aux femmes signé début 2017. Celui-ci mettra en oeuvre des actions de formation et de sensibilisation dans le public comme dans le privé.

 

Ce plan sur deux ans (2017- 2019), impulsé par la préfecture de l’Essonne, est la éclinaison locale d’un plan national. Il couvrira une série de 27 actions qui visent à prévenir les violences faites aux femmes au travail et à repérer et accompagner les victimes. « L’égalité professionnelle et la lutte contre les violences faites aux femmes sont deux de nos fils rouges, explique Laurence Baudhuin, secrétaire générale de la CFDT Essonne. C’est pourquoi nous avons accepté de piloter, avec la Direccte et plusieurs associations, une action pour permettre aux victimes de harcèlement et de violences sexuelles au travail et à l’université d’être écoutées et protégées ». 

En 2011, une enquête conduite par la Direccte avait ainsi révélé que 40 % des Essonniennes déclaraient avoir été confrontées à des blagues sexistes ou à connotation sexuelle sur leur lieu de travail, tandis que 30 % avaient subi des demandes sexuelles explicites. « Ce sont souvent les salariées les plus isolées ou en horaires décalés qui sont le plus en difficulté », précise Laurence. Parmi les actions fixées pour cette année, retenons que l’équipe des militantes référentes-égalité de la CFDT Essonne – Julie Bouchet, Marie- Chantal Toutain-Cras et Véronique Le Toquin – a prévu d’organiser un Forum le 6 octobre à Évry dans le cadre de la semaine pour l’égalité professionnelle, avec la participation de Christine Boyard, déléguée départementale aux droits des femmes et à l’égalité. Ce temps fort, ouvert à tous les citoyens, salariés du privé et agents du public, aura pour objectif d’informer, de créer du lien, de sensibiliser les équipes mais aussi de donner la parole à celles qui sont en souffrance.

COMMUNIQUE DE PRESSE N°34

DÉCLARATION DE
Hervé GARNIER, SECRÉTAIRE NATIONAL DE LA CFDT

10 juillet 2017

PÉNIBILITÉ
Travaux en cours, vigilance de mise

La CFDT prend acte de la reconnaissance de la pénibilité, véritable mesure de justice sociale pour un grand nombre de salariés. Les orientations proposées par le Premier ministre devront être traduites par des propositions concrètes afin d’en mesurer leurs portées réelles.

L’évolution de la prise en charge de quatre facteurs va permettre à plusieurs milliers de travailleurs de partir en départ anticipé à la retraite dès 2018. Cependant, la CFDT refuse que cette évolution se traduise uniquement par une gestion médicalisée de la pénibilité. Cette approche médicalisée, revendiquée par une partie du patronat, est un droit à continuer d’abîmer la santé des salariés ayant les métiers les plus pénibles et donc une espérance de vie en bonne santé plus courte.

Six facteurs sont maintenus en l’état et la CFDT s’engagera pleinement à ce que les accords collectifs traitant de la prévention prennent en compte les parcours professionnels afin que les salariés concernés par les quatre autres facteurs puissent également bénéficier du droit à la formation et du passage à temps partiel.

Le désengagement financier des entreprises au profit du financement de la branche accidents du travail/maladies professionnelles, exonère les employeurs de leurs responsabilités au mépris de la santé de leurs salariés. Ce dispositif va à l’encontre de la prévention, telle que la CFDT  l’a toujours défendu, et du principe de pollueur-payeur. Les employeurs qui exposent le plus leurs salariés doivent prendre des mesures de prévention adéquates ou assumer les conséquences de leur négligence.

La CFDT agira pour que le Compte professionnel de prévention soit une réalité pour tous les salariés exposés aux travaux pénibles. La prévention et la reconnaissance de la pénibilité est un long combat mené par la CFDT. Un combat mené souvent dans l’indifférence d’autres acteurs et face au cynisme d’un certain patronat. La CFDT continuera de se battre pour cette mesure de justice sociale.

 

Articles Les Echos.fr

Laurent Berger : «Passer à la hussarde sur le Code du travail, ça ne marchera pas»

INTERVIEW – Le secrétaire général de la CFDT met en garde le chef de l’Etat contre une forme de pouvoir trop verticale. Il l’appelle à développer la cogestion dans les entreprises.

Quelle lecture la CFDT fait-elle des résultats de l’élection présidentielle ?

Ce qui frappe, c’est le peu d’enthousiasme après la victoire d’Emmanuel Macron sur le Front national, l’absence d’émotion, contrairement au 21 avril 2002. Cette élection présidentielle révèle plusieurs choses : une formidable attente de renouvellement, mais aussi beaucoup de défiance à l’égard des responsables politiques ainsi qu’un sentiment d’abandon de la part de certains Français. Il y a une sorte de « nihilisme » politique qui s’est exprimé. Trop de Français sont tout simplement « paumés ». La société française est en attente de sens et de décisions « à hauteur d’homme », au service d’un projet collectif et non pas imposé d’en haut. Le nouveau président doit faire attention à sa façon de fonctionner : une forme de pouvoir jupitérien, trop vertical, ne pourrait pas marcher.

Edouard Philippe vient d’être nommé Premier ministre. Y voyez-vous un signal positif ou négatif ? Et quel devrait être, selon vous, le profil du futur ministre du Travail ?

La CFDT prend acte de la nomination d’Edouard Philippe. Nous ne choisissons pas nos interlocuteurs. Personnellement, je ne le connais pas. Je ne sais pas quelle est sa conception du dialogue social. Il faudra qu’on le rencontre très vite pour entrer dans le fond des dossiers.

Pour ce qui est du prochain ministre du Travail, pour nous, dans l’idéal, ce doit être quelqu’un qui connaît le monde du travail, ses nécessités économiques mais aussi son besoin de justice sociale, quelqu’un qui croit au dialogue social et qui a envie de s’occuper d’emploi, mais aussi de travail. Notre enquête auprès des salariés l’a montré, il y a une profonde aspiration à rendre plus visible ce qui fait la vie quotidienne des salariés, les questions de conditions de travail, la construction de vrais espaces de dialogue pour les salariés…

Où sont les lignes de fracture dans la société française, selon vous ?

Ce ne sont pas 7 millions de partisans d’extrême droite qui ont voté Marine Le Pen au premier tour, ce sont souvent des Français qui ont l’impression d’être oubliés, à cause d’industries qui sont parties, de services publics qui ont fermé… Quand le premier médecin est à 45 kilomètres de chez vous, vous avez le sentiment d’être abandonné. Il faut sortir de la seule macroéconomie et faire des propositions qui changent réellement la vie de ces citoyens.

L’explosion des partis politiques préfigure-t-elle celle de certains syndicats ?

Nous devons tous nous demander si nous produisons des idées nouvelles depuis quinze ans. LR, PS… Les grands partis ont manifestement déserté ce champ. Pas nous. A la CFDT, nous sommes à l’écoute des demandes concrètes des travailleurs et dans un monde en forte mutation, nous portons un projet et des propositions.

Certains mettent la légitimité du président en doute parce qu’une partie de ses électeurs a voulu faire barrage au FN et n’a pas soutenu son programme. Qu’en pensez-vous ?

Emmanuel Macron est arrivé en tête au premier tour et il a obtenu 66 % des suffrages au second. Il est légitime. Il n’y a aucun doute là-dessus. Et personne n’a intérêt à ce qu’il échoue. On ne sait pas ce qui se passerait alors, je pense même au risque d’affrontements violents. Face à une société angoissée, le nouveau chef de l’Etat doit être vigilant sur la méthode. Il n’a aucun intérêt à y aller « à la hache » en déroulant un programme technocratique sans concertation. Ce serait perdant pour le pays et perdant pour lui. Le dialogue n’est jamais une perte de temps. Emmanuel Macron doit se nourrir des réflexions des acteurs et de la diversité de la société.

N’est-ce pas encore et toujours des grand-messes, donner du temps au temps alors qu’il y a une demande de résultats ?

La CFDT n’est ni une opposante ni une alliée par principe. Mais il faut faire attention à l’empilement. Prenons l’exemple de l’emploi. Ces dernières années, de nombreuses réformes ont été lancées pour lutter contre le chômage : rupture conventionnelle, nouvelles procédures pour les plans sociaux, restauration des marges des entreprises… Je demande qu’une éva­luation en soit faite.

Même chose sur les indemnités prud’homales que le président veut plafonner. On a mis en place un barème indicatif, ne faudrait-il pas d’abord mesurer ses résultats ? Nous pensons que le préjudice subi doit être réparé intégralement. J’attends d’ailleurs la démonstration de l’efficacité d’un plafonnement.

Il marche en Allemagne…

En Allemagne, ce qui est efficace, c’est le dialogue social. Quand on parle de souplesse du marché du travail, on cite aussi toujours ce pays en exemple. Mais j’aimerais que le patronat s’inspire de celui d’outre-Rhin également sur la cogestion. Le patronat allemand est moins conservateur que le nôtre. En France, la CFDT a pris le risque de soutenir la politique de restauration des marges des entreprises, mais le patronat ne joue pas le jeu en ne prenant aucun engagement sur l’emploi. Il faut qu’il sorte de la plainte permanente et s’engage réellement dans le dialogue social.

Donc vous ne voulez pas de la réforme du Code du travail qu’Emmanuel Macron a promise pour la rentrée par ordonnance ?

Ordonnance ou pas, ça, c’est une question qui concerne l’exécutif et le Parlement. Nous, c’est le fond qui nous intéresse. Une réforme du Code du travail à elle seule ne va pas créer de l’emploi. Nous croyons au renforcement du dialogue social dans l’entreprise, mais pas dans n’importe quelles conditions. Il faut y renforcer le pouvoir des salariés. Il faut dans le même temps que le socle garanti par la loi en l’absence d’accord reste à un niveau élevé, voire plus élevé qu’aujourd’hui.

En outre, une réforme hâtive du Code du travail serait contre-productive. Il faut regarder sujet par sujet ce qui relève de la négociation d’entreprise. Le temps de la concertation est indispensable. Si Emmanuel Macron veut passer à la hussarde, ça ne marchera pas. Il se trompe s’il croit que légiférer par ordonnance dès la rentrée lui permettra d’éviter un conflit social.

La CFDT défend donc le statu quo ?

Non, cela ne veut pas dire que la CFDT défend le statu quo. Mais le gouvernement devra commencer par évaluer, écouter, parler. Il devra jouer la transparence et la concertation, et donner du sens à son projet. Et ne pas se focaliser sur le seul Code du travail. Il ne faut pas oublier que les leviers essentiels pour développer l’emploi sont nombreux : investissements massifs dans la transition écologique, montée en gamme de nos industries, formation professionnelle et accompagnement soutenu pour les salariés comme pour les demandeurs d’emploi, action publique plus efficace, mais également développement de la cogestion dans les entreprises. Emmanuel Macron a évoqué ce sujet pendant la campagne électorale. Il est pour nous essentiel.

Le président de la République veut renforcer le rôle de l’Etat dans l’assurance-chômage. Craignez-vous d’être laissés de côté, comme c’est le cas pour l’assurance-maladie ?

Au départ, Emmanuel Macron parlait d’étatisation. Maintenant, il parle de tripartisme, ce qui n’est pas la même chose. Aujourd’hui, nous sommes dans une forme de tripartisme non avouée : l’Etat est concerné, ne serait-ce que parce qu’il agrée les conventions et qu’il garantit la dette du régime. Et, en réalité, il y a déjà un dialogue constant ­ – mais informel – entre l’Etat et les partenaires sociaux.

Une discussion va s’ouvrir à l’automne. Nous y sommes prêts. Mais il n’est pas question que nous soyons exclus de la définition des règles et de la gestion de l’assurance-chômage. Par ailleurs, le projet d’Emmanuel Macron pour aller vers un système universel amène plusieurs questions : quel niveau d’indemnisation serait garanti, quelle ampleur serait proposée pour l’aide au retour à l’emploi… Par expérience, je sais qu’une sécurité financière permet de se concentrer sur sa recherche d’emploi.

Que pensez-vous de la suppression de l’indemnisation pour les chômeurs qui refuseraient deux offres d’emploi, annoncée par le chef de l’Etat ?

C’est un pur affichage politique et une mesure cosmétique. Il y a déjà un dispositif de sanction ! Il faut arrêter avec cette idée reçue du chômeur à qui on doit mettre un coup de pied aux fesses pour qu’il retrouve du travail. Croyez-moi, j’ai côtoyé beaucoup de chômeurs qui n’attendaient que de l’accompagnement et des offres d’emploi.

En savoir plus sur https://www.lesechos.fr/economie-france/social/0212088588003-laurent-berger-passer-a-la-hussarde-sur-le-code-du-travail-ca-ne-marchera-pas-2087072.php#4Ccd71l0JTV3tw8R.99

 

COMMUNIQUE DE PRESSE

DÉCLARATION DE
La Commission exécutive de la CFDT
N°23 du 17 mai 2017

La CFDT, force de propositions

La CFDT prend acte de la composition du nouveau gouvernement annoncée par le secrétaire général de l’Elysée aujourd’hui.
Nous attendons maintenant de rencontrer les différents ministres, dès que possible, afin de porter à leur attention les sujets prioritaires pour la CFDT : le travail, l’emploi, la protection sociale, l’action publique, le dialogue social, la transition écologique, l’Europe…
La CFDT sera force de propositions et souhaite que ce gouvernement laisse toute sa place à la concertation et au dialogue social.
Devant la nécessité d’une démocratie renouvelée, c’est à la fois la garantie de la justice et de l’efficacité.

AG

VENDREDI 19 MAI à 14H30

Yvon Goarvot, directeur depuis 2004 quitte Pont-Audemer pour Falaise.

La direction vous convie à une réunion d’information sur le projet médical 2017-2021.

Cette réunion se tiendra dans la salle polyvalente de l’EHPAD Bernardin.

Afin de permettre au plus grand nombre d’assister à cette présentation, le temps de la réunion sera compté comme temps de travail pour les personnes en repos.

Rappel : afin de venir à cette réunion, vous devez remplir une feuille d’autorisation spéciale d’absence (imprimé jaune / disponible sur l’intranet) et le remettre à votre responsable au moins trois jours avant la réunion.

L’équipe CFDT

 

 

 

Lettre ouverte de Laurent BERGER à Emmanuel MACRON

Pubié dans LE MONDE 

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Monsieur le Président de la République,

Vous venez d’être élu par plus de vingt millions de Français qui ont choisi de vous apporter leur voix. Votre élection représente la victoire de la République sur la haine. Fidèle à ses valeurs, la CFDT a pris toute sa part dans le combat pour faire barrage à l’extrême-droite. Il y a des moments dans l’histoire qui ne supportent pas l’ambiguïté : notre appel à voter pour vous au second tour a été clair.

Les conditions particulières de votre élection vous obligent certes à tenir compte de ceux qui vous ont soutenu, mais aussi de ceux qui ont voté pour vous, non par adhésion à votre programme, mais par rejet du Front National.

Lors de cette élection, les Français ont exprimé autant de peur et de défiance que d’attentes et d’espoir, auxquels il faut répondre. Ce qui s’est exprimé, c’est aussi une aspiration à la fraternité, à la solidarité et à l’amélioration des conditions de vie et de travail face à la précarité, au chômage et à la pauvreté.

C’est d’une ambition partagée et d’un projet d’avenir dont nous avons besoin pour sortir par le haut de la dépression collective dans laquelle nous sommes englués. Il faut recréer de la cohésion, ouvrir des perspectives pour chacun et pour tous les territoires de la République, lutter contre les divisions qui nous minent et le repli sur soi.

Construire un monde de progrès et de justice sociale, où chacun peut trouver sa place et mener une vie digne, où la jeunesse retrouve confiance dans l’avenir.

C’est un projet à mener au niveau européen : si la convergence économique et fiscale que vous appelez de vos vœux est indispensable, l’Union européenne doit avant tout être plus sociale et créer de la solidarité entre Etats, mais aussi entre citoyens européens. De nombreuses initiatives pourraient le permettre, comme la garantie de salaires minimum en Europe, ou d’une assurance-chômage européenne.

En France, l’urgence, c’est d’abord de créer des emplois de qualité car le chômage est insupportable. Pour cela, il ne suffira pas d’encourager les « success stories » et les aventures individuelles. Une nouvelle réforme du code du travail, surtout si elle est menée sans concertation, ne peut pas non plus être une recette miracle.

N’oubliez pas, Monsieur le Président : il n’y a pas de réformes acceptées si elles ne sont pas justes, comprises et concertées.

Vous devez investir massivement dans les emplois de demain, dans le numérique bien sûr mais aussi dans les transitions écologique et démographique.

Pour faire face aux changements, il faudra également investir dans l’émancipation des personnes, grâce à de nouveaux droits sociaux. L’accès aux modes de garde et à l’éducation dès le plus jeune âge, la formation tout au long de la vie, la garantie du pouvoir d’achat, le droit pour tous à l’accompagnement avec le Compte personnel d’activité. Voilà de quoi les travailleurs ont besoin pour être réellement libres de choisir leur vie !

Mais vous ne devrez pas oublier les plus fragiles, ceux qui doivent faire face à un « incident de parcours », ceux qui se sentent isolés dans des territoires abandonnés, ceux qui n’ont même pas le minimum pour vivre dignement. Bâtir une société inclusive pour toutes et tous en particulier les personnes vivant des situations de dépendances, de maladies, de handicaps, de solitude est un impératif moral, autant qu’une opportunité de créer des emplois locaux.

Investir dans les emplois, dans l’émancipation des personnes et protéger les plus fragiles exige une action publique présente sur tous les territoires et des fonctionnaires reconnus.

Monsieur le Président, dans les 5 ans à venir, vous serez à la tête d’un pays qui devra faire face à d’immenses défis. Et, vous le savez bien, vous ne pourrez pas les affronter seul. Le mythe de l’homme providentiel, qui décide tout d’en haut, est un mythe dangereux pour notre démocratie. Les citoyens ne supportent plus d’être consultés une fois tous les 5 ans. Les travailleurs n’en peuvent plus d’être traités comme des êtres mineurs dès lors qu’ils passent le seuil de leur entreprise ou de leur administration.

Partagez le pouvoir ! Donnez de l’air à notre société ! Laissez de l’espace aux organisations dont la mission est de faire entendre la voix de ceux qui n’en ont pas. Faites confiance aux organisations qui permettent aux individus de s’organiser ensemble pour peser sur leur avenir ! Sans la démocratie sociale, la démocratie politique est impuissante.

Monsieur le Président, dans le contexte qui est le nôtre, vous devez le pressentir, vous ne bénéficierez d’aucun état de grâce. A vous de savoir si vous voulez utiliser votre victoire pour mettre la société en mouvement vers un avenir commun, ou si vous préférez tenter de diriger d’en haut un pays qui aspire pourtant à un exercice du pouvoir profondément renouvelé. Un pouvoir partagé au service d’une société plus juste, plus écologique et plus solidaire. Nous attendons de vous des actes forts dans cette direction.

Quoi qu’il en soit, la CFDT, premier syndicat dans le secteur privé et largement implanté dans le secteur public, saura défendre sa vision de la société et ses propositions, participer aux discussions et aux négociations, et s’engager. Elle saura également s’opposer aux mesures qu’elle jugerait injustes.

La CFDT ne sera ni un allié docile, ni un opposant de principe, mais une organisation syndicale qui assume en toute indépendance à la fois son rôle de contre-pouvoir et de contributeur à l’intérêt général.

DROIT A LA DECONNEXION

par Jérôme Chemin, Secrétaire national de la CFDT Cadres.

Si vous êtes tombés dans un profond sommeil depuis quelques mois ou avez migré sur une autre planète, vous ignorez peut-être que le droit à la déconnexion des outils numériques a fait son entrée dans le code du travail depuis le 1er janvier 2017.

Nous pouvons ainsi lire à l’article L2242-8 que « La négociation annuelle sur l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes et la qualité de vie au travail porte sur […] les modalités du plein exercice par le salarié de son droit à la déconnexion et la mise en place par l’entreprise de dispositifs de régulation de l’utilisation des outils numériques, en vue d’assurer le respect des temps de repos et de congé ainsi que de la vie personnelle et familiale… ».

Beaucoup se sont alors emparés de ce sujet. Parmi eux, certains journalistes, sociologues ou juristes, en somme des « sachants » qui ont voulu se démarquer en écrivant ici ou là de façon plus ou moins provocatrice (et avec parfois une bonne dose de mauvaise foi) que ce droit n’était pas nécessaire voire contreproductif.

Voici donc un inventaire non exhaustif de ce que nous avons pu lire ici ou là et quelques éléments de réponse :

  • Cette loi ne servirait à rien car elle se focaliserait sur les outils

Ce n’est absolument pas l’esprit dans lequel a été portée cette revendication au sein de la commission Mettling et ce n’est pas non plus l’esprit de la loi. Quand on parle des « modalités du plein exercice » du droit à la déconnexion, il est évident que ce plein exercice ne peut se satisfaire d’une simple injonction faite au salarié de couper son téléphone et ou d’éteindre son ordinateur à 18h. S’il reçoit un travail à faire à 17h50 pour le lendemain 9h, lui demander de se déconnecter ne sert à rien s’il n’a pas terminé sa tâche.
Négocier le droit à la déconnexion, c’est donc se poser la question de savoir pourquoi les gens se connectent ou reconnectent en dehors des heures de travail habituelles. C’est parler de l’organisation du travail dans l’entreprise et de la charge de travail confiée à chacun. Cette charge empêche d’ailleurs certains de se déconnecter des outils dont ils ont besoin pour y faire face.

  • Cette loi infantiliserait les salariés

Si on perçoit en effet cette loi comme l’ordre de se déconnecter des outils numériques alors on retrouve effectivement l’esprit du « éteins ton portable et viens à table » adressé chaque soir à nos chères têtes blondes.
Loin d’infantiliser les salariés, elle les invite au contraire à s’interroger individuellement et collectivement sur leur rapport aux outils, sur la façon dont ils appréhendent leur connexion, sur les interactions que ces sur-connexions engendrent (si envoyer un mail à 22h ne me gêne pas, celui qui le reçoit peut être importuné). Une loi sur la déconnexion qui permet de négocier ce droit au plus près des réalités du terrain permet de définir des règles communes acceptées par tous et déterminer ensemble ce qui peut être fait ou non. Les outils sont de plus en plus puissants : de même que les voitures peuvent aujourd’hui atteindre les 200kms/h, il a été défini une norme fixée à 130kms/h sur les autoroutes pour limiter les accidents. Ainsi, si les outils permettent de nous connecter H24, il n’est pas inconcevable de fixer des bornes à ne pas dépasser pour la sécurité de tous.

  • Cette loi est en contradiction avec l’autonomie accordée aujourd’hui à certains salariés

Comme le confirment les études récentes dont celle de la Dares sur les conditions de travail, les salariés n’ont cessé de voir leur autonomie diminuer depuis les années 1980. Parmi les causes de cette baisse de l’autonomie, on peut aisément citer les outils numériques. Le mail est vécu par beaucoup comme une injonction continue à laquelle il faut répondre sans cesse. Les managers sont contraints de produire de plus en plus en plus de reportings au point pour certains de passer plus de temps à rédiger des rapports sur ses tâches qu’à les exécuter !
La déconnexion, ce n’est donc pas qu’un droit à faire valoir hors temps de travail mais tout au long de la journée. Pouvoir s’astreindre à ne pas consulter ses mails pendant une réunion pour être plus efficaces, couper ses accès quand on a besoin de se concentrer ou bien ne pas répondre à son téléphone quand on est en discussion avec ses équipes font aussi partie du droit à la déconnexion et de la véritable autonomie accordée au travail.

  • Cette loi empêcherait ceux qui veulent se reconnecter le soir de le faire

Certains salariés aimeraient disposer d’une plus grande latitude dans la gestion de leur temps de travail sur la journée. La libre connexion est ressentie par un grand nombre d’entre eux comme une garantie de liberté et d’autonomie. C’est le cas par exemple de certains parents qui apprécient de pouvoir se reconnecter en fin de journée une fois leurs obligations familiales accomplies. (Reste à savoir d’ailleurs si toutes ces connexions « parentales tardives » sont bien librement choisies, mais c’est un autre sujet !). Il ne faut pas pour autant oublier le cas de ceux qui après avoir été connectés toute la journée le restent le soir, dans l’épuisement le plus total … Les facilités d’organisation des uns ne doivent pas masquer les pressions et contraintes des autres : si en effet le droit à la déconnexion est bien désormais inscrit dans le droit du travail, notons qu’aucune sanction n‘est prévue pour ceux qui ne la respectent pas ni pour les employeurs responsables pourtant de la sante de leurs salariés. C’est bien justement parce que cette responsabilité existe déjà (respect du droit au repos quotidien et hebdomadaire…) qu’il n’est pas apparu nécessaire de mettre des garde- fous supplémentaires. Car l’exemple donné prouve que la déconnexion loin de se focaliser sur les heures de connexion renvoie au contraire chacun devant son propre ressenti face à la connexion. Se connecter de temps en temps le soir peut nous paraitre supportable mais que faire si cette connexion devient quotidienne et impacte notre santé et notre vie familiale ? On le voit bien ce droit à la déconnexion, comme l’indique l’article de loi, doit s’accompagner d’une formation aux usages – pas seulement aux outils ! – du numérique. Cette formation peut être complétée par un bilan des mails générés en dehors des heures de travail fourni par l’entreprise afin que chacun puisse prendre conscience de sa situation.

Comme nous le voyons ce droit revendiqué à la déconnexion dépasse le simple cadre un peu réducteur de l’utilisation des outils pour s’intéresser au-delà à la façon dont est organisé le travail dans l’entreprise. Un chantier bien plus vaste certes mais nécessaire si nous souhaitons une mise en place effective et profitable à tous du droit à la déconnexion, droit qui trouve dès lors son corollaire dans le devoir de déconnexion -pourtant absent du texte de loi – que nous devons nous imposer pour respecter les autres.

 

 

Article LE MONDE 9 mai 2017

Laurent Berger à Emmanuel Macron : « Partagez le pouvoir ! Donnez de l’air à notre société ! »

Dans une lettre publiée par Le Monde.fr, le secrétaire général de la CFDT met en garde le nouveau président de la République.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/05/09/laurent-berger-a-emmanuel-macron-partagez-le-pouvoir-donnez-de-l-air-a-notre-societe_5124826_3232.html#6ROwzO0ehx5zYhcP.99

De gauche à droite: l’économiste Jean Pisani-Ferry, Emmanuel Macron, Laurent Berger et Frédéric Sève, secrétaire général du SGEN-CFDT, le 20 avril.

De gauche à droite: l’économiste Jean Pisani-Ferry, Emmanuel Macron, Laurent Berger et Frédéric Sève, secrétaire général du SGEN-CFDT, le 20 avril. PHILIPPE WOJAZER / REUTERS

Monsieur le président de la République,

Vous venez d’être élu par plus de vingt millions de Français qui ont choisi de vous apporter leur voix. Votre élection représente la victoire de la République sur la haine.

Fidèle à ses valeurs, la CFDT a pris toute sa part dans le combat pour faire barrage à l’extrême droite. Il y a des moments dans l’histoire qui ne supportent pas l’ambiguïté : notre appel à voter pour vous au second tour a été clair.

Les conditions particulières de votre élection vous obligent certes à tenir compte de ceux qui vous ont soutenu, mais aussi de ceux qui ont voté pour vous, non par adhésion à votre programme, mais par rejet du Front national.

Recréer de la cohésion

Lors de cette élection, les Français ont exprimé autant de peur et de défiance que d’attentes et d’espoir, auxquels il faut répondre. Ce qui s’est exprimé, c’est aussi une aspiration à la fraternité, à la solidarité et à l’amélioration des conditions de vie et de travail face à la précarité, au chômage et à la pauvreté.

C’est d’une ambition partagée et d’un projet d’avenir dont nous avons besoin pour sortir par le haut de la dépression collective dans laquelle nous sommes englués. Il faut recréer de la cohésion, ouvrir des perspectives pour chacun et pour tous les territoires de la République, lutter contre les divisions qui nous minent et le repli sur soi.

Construire un monde de progrès et de justice sociale, où chacun peut trouver sa place et mener une vie digne, où la jeunesse retrouve confiance dans l’avenir.

Créer des emplois de qualité

C’est un projet à mener au niveau européen : si la convergence économique et fiscale que vous appelez de vos vœux est indispensable, l’Union européenne doit avant tout être plus sociale et créer de la solidarité entre Etats, mais aussi entre citoyens européens. De nombreuses initiatives pourraient le permettre, comme la garantie de salaires minimum en Europe, ou d’une assurance-chômage…

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